Débit de la Romanche

Le graphique ci-dessous représente le débit de la Romanche au Pont Rouge. Données : Vigicrues.

Débit de la Romanche

Station : Vizille (Pont Rouge)

Chargement...

Source : Vigicrues

Débit de la Dordogne

Le graphique ci-dessous représente le débit de la Dordogne à Carénac. Données Niv'Eau.

Prénom
Nom
Email
Phone
Votre inscription a bien été prise en compte. Merci !
Votre inscription a rencontré une erreur. Merci de bien vouloir vérifier les champs du formulaire.

Il transforme une usine en un musée de la gravure : « Tout ce que j’entreprends, je vais au bout »

Par Louisa Deligny

Publié il y a 2 mois

À Bourgoin-Jallieu, Serge Sauvegrain a décidé de changer de vie. Il a métamorphosé une ancienne usine de photogravure en un musée galerie privé Clauorum abritant plus de 8 000 estampes et gravures de maîtres. Porté par une passion et une détermination à toute épreuve, cet ancien paysagiste a tout bâti de ses mains pour offrir à sa collection un écrin hors du commun.

Dans la rue du Petit Bion à Bourgoin-Jallieu, une friche industrielle abandonnée pendant près de quarante ans a repris vie sous l’impulsion d’un homme tenace. À 57 ans, Serge Sauvegrain incarne cette figure d’entrepreneur culturel qui bâtit ses projets à la force du poignet. À la tête du Musée-Galerie Clauorum depuis son inauguration en septembre 2022, cet ancien paysagiste gère aujourd’hui un espace d’exposition de 350 mètres carrés qu’il a acquis en 2017. Mais cette aventure commence bien plus tôt, à l’aube de sa vingtaine. Alors qu’il se passionne pour le dessin et le noir et blanc, ses parents refusent qu’il poursuive une voie artistique. C’est son frère Christian, artiste et dessinateur industriel, qui agit comme un véritable déclic. « Il m’a tout appris et m’a initié à la gravure lors d’une brocante, se remémore-t-il. Mais lui il revendait ses trouvailles alors que moi je préfère garder, accumuler… Très vite il m’a dit que je serais collectionneur et pas vendeur. » Serge Sauvegrain commence alors, parallèlement à son activité professionnel, à acheter une première pièce, puis deux, puis dix, plongé dans les livres d’art pour comprendre les techniques d’impression et affiner son œil.

Chiner à 6 heures du matin pour réunir 8 000 trésors

Pendant près de quarante ans, Serge Sauvegrain va bâtir un réseau solide de marchands, de passionnés et d’experts, arpentant sans relâche les salles de ventes, les brocantes et les vide-greniers. « Je suis un addict. Dans ma vie, je n’aurai pas le temps d’encadrer tout ce que j’ai. Ni la place d’ailleurs, il me faudrait une surface de 10 000 m² », s’amuse cet intarissable chercheur de trésors. Capable de s’élancer au volant de sa camionnette dès 6 heures du matin ou d’effectuer des allers-retours éclair en Suisse et en Allemagne pour dénicher des pièces rares dans un château, il réunit une collection colossale de plus de 8 000 œuvres de 1493 à nos jours. Des lithographies, aquarelles et gravures signées Rembrandt, Picasso, Chagall, Dali ou Dürer composent aujourd’hui ce fonds privé exceptionnel. « Je mets tout mon cœur et mon âme dans la collection. C’est de la passion. Aujourd’hui, je sélectionne plus car j’ai déjà assez, mais je suis toujours avide de chercher », confie le chineur, animé par la volonté de ne posséder que des originaux.

Cinq ans de travaux pour bâtir un écrin

Cette passion prend une tout autre dimension lorsque germent les premières idées d’un lieu d’exposition dédié. Conçu initialement comme un projet à deux avec son frère Christian, le rêve est brutalement ébranlé par le décès de ce dernier, puis par la disparition de son épouse. Guidé par son tempérament de bâtisseur, l’entrepreneur refuse d’abandonner. Il fait l’acquisition du site industriel berjallien et s’attelle seul à cinq années de chantier colossal pour rénover la maison et transformer l’usine attenante en un musée galerie à son image. Son épouse avait eu le temps de nommer le futur espace : Clauorum, un terme latin évoquant à la fois l’empreinte, la trace et le clou, en hommage direct au papier et à la gravure. « Comme je suis têtu, il fallait un lieu atypique. Et ce lieu, c’était une ancienne usine de photogravure. Pour moi, c’était un signe de plus pour me lancer », sourit Serge Sauvegrain.

« Le Louvre veut m’acheter une pièce »

Dans cet espace inspiré des galeries du XIXe siècle, Serge Sauvegrain présente aujourd’hui 420 pièces encadrées et restaurées sous un éclairage scrupuleusement pensé. Le secret du lieu se trouve également au sous-sol, où reposent les estampes les plus fragiles des XVe et XVIe siècles. Dans cette pièce fraîche, maintenue à une température stable et à l’abri de la lumière, l’entrepreneur consacre ses journées à la préservation du papier et à l’encadrement. « Le papier est ancien, plus il est fragile, donc il faut une pièce saine sans trop de luminosité », explique-t-il, maniant aussi bien les outils de restauration que le dénichage de cadres anciens pour sublimer chaque épreuve. La valeur de cet ensemble d’exception franchit rapidement les frontières régionales. Parmi ses trésors figure une gravure d’interprétation d’Alphonse Lamotte d’après Eugène Delacroix, représentant la prise de Constantinople par les croisés. « C’est une pièce que le Louvre veut m’acheter pour l’inclure au musée Delacroix ! », glisse-t-il avec fierté.

Des expositions temporaires pour découvrir des artistes locaux

Gérer seul un tel complexe de 500 mètres carrés s’apparente à un défi quotidien d’exploitation. Pour préserver les collections et limiter des charges énergétiques conséquentes, le fondateur adapte son calendrier : le musée n’ouvre que de fin avril à fin octobre, proposant quatre demi-journées par semaine et des visites guidées menées par Serge Sauvegrain lui-même. S’il doit faire face au manque de notoriété et assurer l’ensemble de la logistique, du ménage à l’accueil du public, la satisfaction de transmettre prend toujours le dessus. Des expositions temporaires viennent régulièrement diversifier le parcours et mettre en lumière des artistes locaux, renforçant le rôle culturel du lieu sur le territoire. Jusqu’au 22 septembre, il est possible de découvrir l’artiste Christian Chevallier qui présente quatre décennies de prises de vue dédiées au nu et au portrait en noir et blanc argentique. Porté par l’envie de faire découvrir ces chefs-d’œuvre au plus grand nombre et guidé par des projets d’expositions à l’international, l’entrepreneur continue d’avancer sans fléchir. « Tout ce que j’entreprends, je vais au bout », conclut Serge Sauvegrain.

En chiffres

8 000 : Le nombre total d’œuvres (estampes, gravures, dessins, lithographies, aquarelles) réunies par Serge Sauvegrain en près de 40 ans de chine.
3 300 : Le nombre d’œuvres encadrées conservées dans ses réserves et son musée.
420 : Les pièces actuellement exposées au public sur les cimaises du musée.
1493 : L’année de création de la gravure la plus ancienne de la collection (représentant Adam et Ève chassés du Paradis).
350 m² : La surface d’exposition du musée (sur un complexe immobilier total de 500 m² entièrement rénové de ses mains).
5 : Le nombre de siècles d’histoire de l’art traversés par la collection (de Dürer et Rembrandt jusqu’à Picasso, Chagall, Dali et aux artistes contemporains).

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
Retour en haut