Au travail, certains handicaps ne sont pas visibles. Pourtant, la douleur, la fatigue, les difficultés à marcher ou des troubles psychiques peuvent rendre chaque journée difficile.
Parfois, par peur d’être jugés ou de voir leurs compétences remises en question, certains employés préfèrent garder le silence. D’autres choisissent de parler quand ils ne peuvent plus travailler comme avant.
Par Ophélie Ruffini
Publié il y a 2 mois
Dans une entreprise, un salarié avec un handicap invisible peut passer totalement inaperçu. Il continue à travailler, arrive à l’heure, participe aux réunions et atteint ses objectifs. Rien ne laisse vraiment penser à ses collègues les efforts qu’il lui faut fournir pour mener à bien sa journée. Il existe de nombreuses situations, qu’il s’agisse de maladies chroniques, de troubles psychiques, de maladies génétiques ou de déficiences sensorielles. Et le sujet reste délicat.
Selon le Défenseur des droits, 13 % des personnes atteintes d’une maladie chronique affirment avoir subi une forme de discrimination ou de harcèlement au travail à cause de leur état de santé ou de leur handicap. Pour comparaison, c’est plus de quatre fois plus que dans l’ensemble de la population active, où ce chiffre est de 3 %.
Face à cela, certains choisissent de ne rien dire quand leur handicap ne se voit pas.
« Je n’ai pas envie qu’on pense que je me plains pour rien »
Cette salariée n’a jamais évoqué son handicap avec son employeur. Elle travaille dans une entreprise où la majorité des employés sont des hommes et elle constate que ses expériences professionnelles passées ne l’ont pas mise en confiance sur la façon dont les questions de santé mentale et de handicap invisible sont reçues.
« Je n’ai pas envie de devoir exposer ma vie privée pour que l’on me croie quand je dis que ça ne va pas », confie-t-elle.
Elle redoute surtout les remarques qui pourraient minimiser ses difficultés : « Tu te plains pour rien » ou « Tout le monde a ses problèmes ». Mais elle craint aussi de perdre l’image d’une salariée compétente.
« Je crains que leur regard change sur mon travail. Pourtant, ils ne verront pas que mes résultats restent bons et que je suis un bon élément », ajoute-t-elle.
Son handicap a des répercussions concrètes sur son quotidien. Elle souffre de la maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMT), une maladie génétique qui impacte les nerfs périphériques. Cela peut entraîner une faiblesse musculaire, une perte de sensibilité et des difficultés à marcher. Selon l’Assurance maladie, environ 30 000 personnes sont touchées par cette maladie en France.
Pour elle, les symptômes rendent certaines journées particulièrement ardues. « Mes mains et mes pieds se contractent au moindre effort. Marcher toute une journée, c’est un vrai calvaire. »
Diagnostiquée récemment, elle doit encore découvrir comment sa maladie pourrait évoluer et quels soins seraient nécessaires. Cette incertitude pèse également sur son travail. « Je suis stressée à l’idée de ressentir de la douleur après chaque journée de travail », se confie-t-elle. Aujourd’hui, elle envisage de faire reconnaître sa situation. Ce qui était censé rester une protection est devenu progressivement une charge.
Se taire pour préserver sa vie privée
Son témoignage met en lumière le paradoxe auquel font face certains salariés : rester silencieux permet de garder le contrôle sur leur vie privée, mais cela peut aussi les laisser seuls face aux difficultés au travail.
La peur d’être stigmatisé n’est pas seulement une angoisse personnelle. D’après son enquête sur les discriminations dans l’emploi, le Défenseur des droits souligne que les personnes atteintes d’une maladie chronique sont plus exposées à ce genre de discriminations. Le rapport indique également que 29 % des salariés dans ce cas ne bénéficient pas des aménagements dont ils auraient besoin.
Les problèmes peuvent donc s’installer petit à petit : plus de fatigue, douleurs plus difficiles à gérer, journées de travail compliquées ou la sensation de devoir constamment faire bonne figure.
Alors, faut-il déclarer son handicap ?
Non, le salarié n’est pas obligé de le dévoiler.
La réponse est non. Un salarié reconnu comme travailleur handicapé, avec une RQTH, n’est pas contraint d’informer son employeur. D’ailleurs, cette reconnaissance n’est pas un préalable pour travailler. Cependant, garder cette information pour soi peut limiter les possibilités d’aménagement. Si l’employeur n’est pas au courant de la situation et des besoins du salarié, il est difficile de mettre en place des mesures adaptées.
La RQTH peut faciliter l’accès à un aménagement des horaires, à du matériel spécifique, ou à une modification du poste. Cela ne garantit pas automatiquement un changement de salaire ou de contrat.
De plus, déclarer son handicap ne signifie pas forcément raconter sa maladie dans les moindres détails. Le salarié peut consulter la médecine du travail, où ses informations médicales restent confidentielles.
La médecine du travail peut proposer des adaptabons du poste ou du temps de travail. L’employeur doit en tenir compte et, s’il refuse, en expliquer les raisons. Pour cette seconde salariée, c’est précisément cet accompagnement qui a fait la différence.
« Je ne regrette absolument pas d’en avoir parlé »
À 40 ans, cette salariée a essayé de continuer à travailler normalement malgré sa maladie. Mais la fatigue est devenue trop pesante. Avec son emploi, ses deux enfants dont l’un est autiste, et ses rendez-vous médicaux, son quotidien devenait difficile à gérer.
« C’est une maladie sérieuse, j’ai préféré en parler car j’étais très fatiguée », explique-t-elle.

Elle s’adresse d’abord à son manager pour connaître les démarches à suivre, puis en parle à sa patronne, qui se montre très compréhensive et empathique face à sa situation. Elle est ensuite suivie par la médecine du travail. Une nouvelle organisation est mise en place : son temps de travail est réduit de 35 à 16 heures par semaine, avec des périodes de travail ne dépassant pas quatre heures d’affilée.
Ce changement lui permet de garder une activité professionnelle tout en limitant son épuisement. « Je suis moins fatiguée, j’ai toujours un job et plus de temps pour mes enfants et mes rendez-vous médicaux. »
Mais le fait d’avoir parlé de son handicap n’a pas empêché certaines remarques désagréables. Des collègues, stagiaires ou employés temporaires lui ont reproché de « ne pas en faire assez » ou insinué qu’elle « profitait » de son état. Ses managers, quant à eux, continuent à l’accompagner. Malgré tout, elle ne regrette pas sa décision : « Je ne regrette absolument pas d’en avoir parlé. »
Entre protection et besoin d’être accompagnée
Ces deux témoignages montrent surtout qu’il n’y a pas de solution unique. Pour l’une, le silence aide à préserver son image professionnelle. Pour l’autre, parler a permis de travailler dans des conditions compatibles avec sa santé.
Le rôle de la médecine du travail s’avère alors crucial. Elle peut évaluer les impacts d’une situation de santé sur le travail et proposer des solutions adaptées. L’objectif n’est pas simplement de retirer le salarié de l’emploi, mais bien de lui permettre de rester dans de bonnes conditions. Le médecin du travail peut recommander un ajustement du poste ou du temps de travail.
De plus, la loi impose aux employeurs de prendre les mesures nécessaires pour que les travailleurs handicapés conservent leur emploi et exercent leur activité dans des conditions appropriées. Un refus d’aménagement peut, dans certains cas, être considéré comme une forme de discrimination.
Finalement, il reste la question du jugement des autres. En 2025, le handicap demeurait le premier motif de saisine du Défenseur des droits en matière de discrimination, représentant 27 % des réclamations enregistrées dans ce domaine.
Pour les salariés concernés, parler ou se taire est donc un choix personnel, avec des implications dans les deux cas. La véritable question n’est peut-être pas de convaincre les salariés de dévoiler leur handicap, mais plutôt de leur offrir la possibilité de le faire s’ils en ressentent le besoin, sans craindre que leur santé soit perçue comme un frein à leurs compétences.
Par Ophélie Ruffini
Publié il y a 2 mois


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