Nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, les membres de la génération Z arrivent désormais en nombre sur le marché du travail. Avec eux, certains codes de l’entretien d’embauche évoluent aussi. Retard, manque de préparation, familiarité… Quatre professionnelles des ressources humaines pointent les comportements qui peuvent faire mauvaise impression aux recruteurs
Par Ophélie Fink
Publié il y a 2 mois
L’entretien d’embauche reste un exercice incontournable, mais les règles ne sont pas toujours perçues de la même manière par toutes les générations. Cela se voit dès la préparation. Selon le Baromètre Carrière 2023/2024 de JobTeaser, 66 % des membres de la Gen Z interrogés se sentent prêts avant un entretien, contre seulement 55 % des recruteurs qui partagent cet avis. Une fois face à face, certains comportements peuvent pourtant rapidement alerter les recruteurs.
Arriver les mains dans les poches
C’est l’un des premiers signaux relevés par les RH interrogées : arriver sans vraiment connaître l’entreprise, voire sans maîtriser le poste pour lequel on candidate. Marine P. remarque régulièrement des candidatures envoyées sans réel ciblage. Certains jeunes peinent ensuite à expliquer en entretien pourquoi ils ont choisi cette entreprise plutôt qu’une autre. Même constat chez Maelis Beaujolin : « Certains postulent “de partout” et ne montrent pas forcément de motivation pour le poste, dans ces cas là, on sait qu’ils ne resteront pas ». Quelques questions sur l’entreprise, les missions ou le poste permettent rapidement au recruteur de voir si le candidat s’est renseigné en amont.
Être en retard…ou ne jamais venir
Un imprévu peut arriver. Mais ne pas prévenir laisse forcément une autre impression. Isabelle Llhenry constate « de plus en plus » de retards chez les jeunes candidats qu’elle rencontre. Maelis Beaujolin va même plus loin : « Ce sont les candidats avec lesquels j’ai le plus de non-présentations aux entretiens. » Le phénomène a même emprunté son nom aux applications de rencontre : le ghosting. Selon une étude JobTeaser et EDHEC publiée en 2024, 88 % des responsables RH interrogés déclarent avoir déjà été ghostés par un candidat. Autrement dit, celui-ci disparaît sans donner de nouvelles alors qu’un processus de recrutement est déjà engagé.
Oublier le cadre professionnel
Un entretien n’a pas besoin d’être froid ou excessivement formel. Mais la frontière entre décontraction et désinvolture peut vite être franchie. Sylvie R. remarque chez certains jeunes candidats une proximité qui s’installe parfois très rapidement : tutoiement spontané, langage familier ou attitude trop relâchée.

Maelis Beaujolin a déjà rencontré des situations plus marquées. Certains candidats lui ont « raccroché au nez » ou l’ont directement tutoyée lorsqu’ils ont compris que le poste ne correspondait finalement pas à leurs attentes. Être naturel peut faciliter l’échange, mais sans oublier le cadre professionnel de l’entretien.
Négliger les codes vestimentaires
Le costume-cravate ou le tailleur ne sont plus la règle partout. Les attentes varient surtout selon le secteur et le poste recherché. Mais pour Marine P., la tenue reste malgré tout une partie de la première impression. Elle a notamment déjà vu des candidats arriver avec une casquette à l’envers. L’objectif n’est pas de venir sur son trente-et-un. Un entretien dans une banque, une agence de communication ou une entreprise du bâtiment ne répond pas aux mêmes codes. Pour la recruteuse, il s’agit surtout de montrer que l’on a adapté un minimum sa présentation au contexte.
Ne parler que salaire et avantages
Parler argent dès l’entretien n’est plus forcément tabou. Et ce n’est pas un red flag en soi. Isabelle Llhenry remarque justement une évolution chez les jeunes candidats : « Aujourd’hui, il y a moins de tabous. » Elle considère même la question de la rémunération comme « une demande normale ». Ce qui peut davantage alerter, c’est lorsque tout semble tourner autour du salaire et des avantages. Marine P. fait la distinction entre un candidat qui souhaite simplement connaître les conditions proposées et celui qui ne montre presque aucun intérêt pour les missions. Maelis Beaujolin retrouve elle aussi cette attitude chez certains jeunes davantage attirés « par le salaire ou les avantages » que par le poste en lui-même.

Poser toutes ses conditions dès le départ
Télétravail, horaires, congés, flexibilité… Ces sujets peuvent arriver très rapidement dans la conversation. Pour Sylvie R., les aborder n’a rien de problématique. Ce qui l’interpelle davantage, c’est lorsqu’un candidat pose d’emblée plusieurs conditions ou rejette les contraintes présentées avant même d’avoir réellement discuté du poste. Maelis Beaujolin y voit aussi le revers d’une qualité de cette génération : les jeunes « savent ce qu’ils veulent faire et ne pas faire ». Connaître ses limites permet d’éviter de s’engager dans un emploi qui ne conviendra pas. Mais si l’entretien se transforme en liste de demandes non négociables, l’échange peut rapidement se compliquer.
Ne poser aucune question
À l’inverse, ne rien demander du tout peut aussi faire tiquer. Pas une question sur l’équipe, les missions ou le fonctionnement de l’entreprise ? Pour Isabelle Llhenry, le signal est clair : « Un candidat qui ne pose pas de questions, c’est un candidat qui est inquiétant. » Maelis Beaujolin garde justement en tête un entretien qui s’est déroulé de manière totalement opposée. Le jeune candidat savait précisément où il mettait les pieds : « Il s’était très bien préparé à l’entretien et posait beaucoup de questions. » Une attitude qui l’avait particulièrement convaincue. Pas besoin pour autant d’arriver avec une liste interminable, quelques questions précises suffisent souvent à montrer son intérêt pour le poste.


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