Voici les plus gros red flags, ces petites phrases et grandes alertes qui ont donné envie à la Gen-Z de faire demi-tour.
« Vous verrez, on est une équipe de beaux hommes, vous aurez le choix. » : quand le recruteur a sexualisé les relations au travail de Lilou
Lilou a 22 ans lorsqu’elle passe un entretien d’embauche pour une alternance en tant que cheffe de communication dans une entreprise du BTP. Face à elle, deux recruteurs d’une cinquantaine d’années. Ils lui expliquent que l’entreprise est « familiale », composée presque uniquement d’hommes, et ajoutent que, grâce à cela, elle sera « à l’aise et protégée ». Tout au long de l’entretien, les recruteurs insistent sur cet aspect de l’entreprise. Mais une phrase marque particulièrement Lilou : « Ces hommes sont très beaux, vous aurez le choix », lui lancent-ils.
Pour la jeune femme, l’argument ne passe pas. Elle vient pour parler d’un emploi, pas pour faire des rencontres. Pire encore, cette phrase suffit à sexualiser d’emblée les relations entre collègues. Faute d’autres solutions, elle accepte le poste. Six mois plus tard, elle quitte l’entreprise. L’expérience confirme ses premières inquiétudes : « On me dénigrait. On me faisait des remarques et blagues sexistes tous les jours. »
« À ton âge, tu es sûre d’être capable ? » : l’infantilisation vécue par Hayette
Hayette, 20 ans, a commencé à travailler très jeune, à 12 ans, avec son grand-père. Au fil de ses expériences, un comportement l’a particulièrement agacée : les remarques sur son âge et ses compétences. « On m’a déjà dit plein de fois : “T’es sûre que t’as fait ça ?” ou encore : “Pour ton âge, c’est bien, mais t’aurais pu faire mieux” », explique-t-elle. Des phrases qui, selon elle, reviennent à mettre en doute ses compétences simplement parce qu’elle est jeune. Une manière, aussi, de lui rappeler la supériorité que certains associent à leur âge et à leur expérience.
« Tu ne veux pas rester plus longtemps pour aider tes collègues ? » : le pire red flag possible selon Hayette
Hayette a également partagé une autre expérience, cette fois autour de la culpabilisation instaurée par les recruteurs lorsqu’elle respecte ses horaires de travail. « Je n’aime pas quand les heures supplémentaires deviennent une attente implicite. Lorsque je termine ma journée, je ne vois pas pourquoi devrais-je rester parce que d’autres salariés, plus âgés, le font. Quand c’est l’heure du départ, je pars. Moi, j’ai mes tâches, je fais déjà tout pour réussir à les gérer. Pourquoi je devrais aider les autres dans leurs tâches ? Le fait que certains salariés plus âgés acceptent de rester plus longtemps ne signifie pas que je dois en faire autant », s’indigne-t- elle.
« Chez nous, il n’y a pas d’arrêt maladie » : la phrase qui a fait fuir Nina
Nina, 25 ans, cherche simplement un travail alimentaire lorsqu’elle se présente à un entretien dans une boulangerie. Elle échange avec les recruteurs sur les attentes liées au poste. Puis, une phrase tombe : « Chez nous, il n’y a pas d’arrêt maladie. Même malade, il faudrait venir travailler, car une absence « met tout le monde dans la merde » ». La jeune femme soulève alors une question : celle de l’hygiène, puisqu’il s’agit d’un travail dans l’alimentaire. Les recruteurs ne savent pas vraiment quoi répondre et nuancent finalement leur propos.
Pour Nina, le doute est installé. Elle refuse le poste. Ce n’est pas le seul moment de l’entretien qui la choque. Les recruteurs lui demandent également (de manière illégale) si elle est en couple et si elle souhaite avoir des enfants. « Je suis ressortie scandalisée », raconte-t-elle. Pour Nina, c’est surtout le manque d’empathie qui reste le plus marquant dans cette expérience.
« Parlez-moi de votre vie personnelle ? » : quand l’entretien a mis mal à l’aise Antoine
Comme Nina, Antoine, 23 ans, se rappelle avoir été très mal à l’aise lorsqu’on lui a posé des questions très personnelles : « Le recruteur s’intéressait beaucoup trop à ma vie privée. Cela prenait progressivement plus de place dans la conversation que mes compétences ou mon expérience. » Pour Antoine, ce décalage constitue un red flag.
« Voici ton poste, bonne journée. » : l’accueil inexistant pour Camille
Pour Camille, 21 ans, le problème apparaît dès les premières heures dans l’entreprise. Habituée aux jobs étudiants, notamment dans le périscolaire, elle cite une situation très précise : arriver dans une entreprise sans véritable accueil, sans présentation des équipes et sans explication du fonctionnement. Le sentiment qui domine alors est simple : être « livrée à soi-même ». Pour elle, cette première impression suffit à l’interroger sur la manière dont l’entreprise considère ses nouveaux salariés : « Le poste peut être intéressant, mais si personne ne prend le temps d’expliquer où l’on arrive, le malaise s’installe dès le départ. »
« Je suis sous l’eau, je n’ai pas vu l’heure » et « Il faut que tu considères l’entreprise comme ta deuxième famille » : l’entretien de Morgane, un concentré de red flags
Morgane, 24 ans, avait pourtant de bonnes raisons de croire à l’entreprise dans laquelle elle postulait. En master, elle cherche une alternance en communication. Le projet de l’entreprise lui plaît. Mais le jour de l’entretien, la fondatrice arrive avec trente minutes de retard, sans avoir prévenu. Morgane raconte lui avoir envoyé plusieurs mails pendant qu’elle attendait. Lorsqu’elle arrive finalement, la dirigeante explique qu’elle est « sous l’eau » et qu’elle n’a pas vu l’heure. Pour Morgane, c’est déjà un no-go. Mais ce red flag n’est que le premier d’une longue série. La fondatrice n’a même pas téléchargé son CV et passe une partie de l’entretien à parler uniquement de son entreprise.
Elle lui explique ensuite qu’elle connaît son ancienne directrice, qui lui aurait dit que Morgane était le genre de personne à « s’investir à fond » et à « ne pas avoir peur d’en faire plus ». Pour la jeune femme, cette phrase est immédiatement inquiétante : « Cela m’a glacé le sang. J’avais la sensation d’être une bonne poire pour les recruteurs.» Elle se demande si elle n’a pas été repérée uniquement parce qu’elle pourrait accepter de travailler sans compter ses heures et non pour ses compétences.
À cela s’ajoute la phrase la plus rédhibitoire : « Après quinze minutes de monologue, la fondatrice finit par me poser une question qui restera comme le moment décisif de l’entretien : “Est-ce que tu penses que notre entreprise peut devenir ta seconde famille ?” Je réponds franchement : non. La réponse de la dirigeante m’a refroidie : “Ça va coincer, il faut que tu sois dans l’optique de donner de ta personne.” »
Ressentis légitimes ou non ?
Dans ces témoignages, les red flags ne ressemblent pas tous à de grandes alertes : une question trop personnelle, un retard, une remarque sur l’âge ou une attente implicite concernant les horaires. Ces situations n’ont pas nécessairement la même gravité pour chacun. Qu’ils soient légitimes ou non, ces signaux ont cependant produit le même effet : faire douter ces jeunes de leur envie de travailler dans l’entreprise et, surtout, de s’y projeter à long terme.


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