Le contrat à durée indéterminée (CDI) reste souvent présenté comme le graal dans la vie professionnelle. Pourtant, certains jeunes préfèrent multiplier les contrats précaires : contrat à durée déterminée (CDD), mission d’intérim ou encore stage. Ces contrats peuvent aussi permettre de tester un métier, d’enrichir son parcours ou de conserver une certaine liberté. Du côté des entreprises, ils peuvent aussi servir à répondre à des besoins ponctuels et à former de futurs collaborateurs. Entre choix et contrainte, où commence vraiment la précarité ?
Par Eva Reynaud
Publié il y a 2 mois
Pour Laura, une jeune femme de 24 ans, décrocher un CDI n’est pas une priorité. Elle préfère les contrats courts qui lui permettent de changer d’environnement professionnel et d’accumuler les expériences.
« Quand je recherche un travail, je regarde automatiquement les offres en CDD » explique-t-elle.
Ne pas s’engager trop rapidement dans une structure, c’est notamment ce qui motive son choix. Son parcours peut surprendre, alors que le CDI reste largement associé à la sécurité professionnelle sur le marché du travail. Pourtant, parler de « contrat précaire » ne suffit pas à décrire toutes les situations. Derrière un CDD, une mission d’intérim ou un stage peuvent se cacher des réalités très différentes : une période de transition, une première expérience, une volonté de découvrir un métier, mais aussi en effet une situation subie lorsque l’emploi durable reste inaccessible.
Contrats précaires : une réalité fréquente en début de carrière
Dans les faits, les contrats à durée limitée occupent une place importante sur le marché du travail. En 2025, les CDD et l’intérim représentaient 9,4% de l’emploi total en France. Chez les moins de 25 ans, 19,1% des personnes en emploi sont en CDD et 4,6% en intérim. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) relève également que 30,5% des jeunes sont en alternance ou en stage. À l’inverse, dans cette même tranche d’âge, seuls 39,8% des 15-24 ans sont en CDI ou fonctionnaires.
Le CDI demeure néanmoins une forme d’emploi largement répandue. Selon l’Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (Unédic), près de huit emplois sur dix sont occupés en contrat long. Mais cette stabilité n’est pas forcément le premier objectif de tous les actifs. Pour certains, cela permet au contraire de prendre le temps de construire leur parcours.
Le contrat court devient alors un outil d’expérimentation. Il peut également contribuer à développer de nouvelles compétences, à enrichir un CV ou à se constituer un réseau professionnel. Cette mobilité peut également répondre à une envie de préserver du temps pour soi ou de changer plus facilement de projet. Le contrat court devient alors un moyen de garder une certaine souplesse dans son parcours professionnel, plutôt qu’une situation considérée uniquement comme instable.
« Le fait de savoir qu’il y a une date de fin, je trouve ça beaucoup moins stressant. » ajoute la jeune active.
Le CDD lui permet d’explorer des secteurs qu’elle n’aurait peut-être pas envisagés dans le cadre d’un emploi permanent. Elle n’exclut pourtant plus complétement l’idée d’un CDI. Pour Laura, le CDI pourrait donc venir plus tard, une fois ses expériences et ses envies professionnelles davantage définies. Il n’est plus nécessairement le point de départ d’une carrière, mais peut devenir un point d’arrivée.
Employeurs : former avant de recruter
La recherche de flexibilité ne concerne d’ailleurs pas uniquement les salariés. Les entreprises ont elles aussi besoin de pouvoir adapter leurs effectifs à leur activité. Remplacement d’un salarié absent, surcroît temporaire de travail ou activité saisonnière : le recours aux contrats courts répond à des besoins précis.
Mais ces contrats peuvent également s’inscrire dans une logique de formation et de recrutement. Les stages et l’alternance en sont un exemple. Pour certaines structures, accueillir un jeune ne consiste pas seulement à lui confier quelques missions pour quelques mois. C’est aussi l’occasion de transmettre des méthodes, de faire découvrir un environnement professionnel et de faire progresser un profil. Cléa, qui travaille dans les ressources humaines, a elle-même commence par un stage dans son entreprise actuelle, avant d’y décrocher un CDI.
« Le stage c’est vraiment une véritable chance de pouvoir se former dans l’entreprise. »
Pour l’employeur, cette démarche représente un réel investissement. Il faut consacrer du temps à l’accompagnement, expliquer les différents outils et méthodes de travail, suivre la progression du stagiaire ou de l’alternant. Mais former un jeune peut aussi constituer un moyen de préparer un futur recrutement. Les contrats courts restent par ailleurs un outil pour répondre aux fluctuations de l’activité. L’Unédic les présente d’ailleurs comme un « outil indispensable de flexibilité » pour répondre à certains besoins des entreprises.
Une flexibilité utile, mais encadrée
Cette souplesse ne signifie toutefois pas que les entreprises peuvent recourir librement aux contrats courts. Le CDD et l’intérim répondent à des situations définies par le droit du travail. Un contrat court peut être parfaitement légitime lorsqu’il répond à un besoin temporaire. Il devient beaucoup plus problématique lorsqu’une succession de CDD ou de missions d’intérim sert dans les faits à occuper durablement le même poste de travail.
C’est justement cette frontière entre flexibilité et précarisation que les pouvoirs publics cherchent à surveiller. En 2025, l’Inspection du travail a ainsi consacré une campagne nationale au recours abusif aux contrats précaires. Le ministère du Travail souligne que ces situations peuvent entraîner une insécurité de l’emploi, un risque accru de chômage, un accès plus limité à la formation ou encore des difficultés d’accès au logement.
Quand le contrat court n’est plus un choix
Car même lorsqu’un contrat court peut être choisi, ses conséquences ne disparaissent pas pour autant. Des revenus moins prévisibles peuvent compliquer certains projets, comme obtenir un crédit ou simplement se projeter dans les mois à venir.
La liberté de changer régulièrement d’emploi suppose de pouvoir retrouver facilement une nouvelle mission. Elle dépend aussi de la situation personnelle, des compétences, du secteur professionnel ou encore du niveau de rémunération.
Tout le monde ne dispose donc pas de la même capacité à choisir entre un CDD et un CDI.
C’est ce qui rend les situations de précarité particulièrement complexes. Pour certains salariés, multiplier les contrats peut être une stratégie temporaire pour préserver leur liberté ou prendre le temps de construire leur projet professionnel. Pour d’autres, le contrat court constitue simplement la seule possibilité de travailler. Finalement, le débat ne se résume pas à opposer les partisans du CDI à ceux des contrats courts. Le CDI reste une forme de stabilité recherchée par de nombreux actifs, mais il n’est pas nécessairement le seul modèle envisageable à tous les stades d’une carrière. Une « précarité choisie » peut rester une étape. Lorsqu’elle devient la seule option, elle cesse en effet d’être un choix.


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