Restauration, BTP, aide à domicile, agriculture… Certains secteurs continuent de recruter massivement, mais peinent à attirer les jeunes. Horaires décalés, pénibilité, salaires, manque de perspectives : derrière les difficultés de recrutement se cache peut-être un changement des attentes.
Par Maxime Jedras
Publié il y a 2 mois
« 1 800 euros brut, 39 heures, travail le samedi et deux soirs par semaine. L’offre est pourtant ouverte depuis trois semaines. À 23 ans, Thomas l’a regardée… avant de passer son chemin. » À première vue, le paradoxe est difficile à comprendre. D’un côté, des jeunes cherchent à entrer sur le marché du travail. De l’autre, des entreprises multiplient les offres sans parvenir à trouver de candidats. En 2025, le chômage touchait 19,8 % des actifs âgés de 15 à 24 ans en France. Dans le même temps, certains métiers connaissent toujours d’importantes difficultés de recrutement. En 2026, France Travail recense ainsi 2,28 millions de projets de recrutement dans le pays. Près de 44 % sont considérés comme difficiles à réaliser. La restauration reste particulièrement demandeuse : 97 320 recrutements sont ouverts en cuisine et employés polyvalents, 94 060 pour les serveurs et 51 720 pour les cuisiniers.
« Les horaires, c’est ce qui me ferait hésiter »
Dans la restauration, le problème est bien connu. Les soirées, les week-ends et les rythmes parfois décalés peuvent éloigner une partie des jeunes candidats. « Entre les horaires coupés en semaine, les week-end, les soirées… Nous n’avons plus de vie à côté de notre travail », regrette Thomas qui a été cuisinier pendant plus de 5 ans. Pourtant, les chiffres montrent que les besoins sont importants. Selon France Travail, 67,4 % des actifs du secteur sont saisonniers, ce qui rend ce métier précaire et en tension. Pour les employeurs, le constat est parfois difficile à comprendre. « Nous essayons de rendre le travail facile aux employés mais il y a malheureusement beaucoup de turnover dans la brigade. Les offres trouvent parfois preneur au bout de 3 ou 4 mois et la nouvelle recrue reste en moyenne un an et demi », déplore Marc, patron d’un restaurant dans la presqu’île lyonnaise.


Mais les difficultés ne concernent pas uniquement les horaires. La question du salaire revient régulièrement dans les discussions avec les jeunes. Selon l’Insee (Institut national de la statistique des études économiques), les salariés récemment entrés sur le marché du travail sont globalement moins rémunérés que leurs aînés. Entre 2021 et 2023, les jeunes salariés sortis de formation initiale depuis un à quatre ans percevaient un salaire net médian mensuel de 1 600 euros, contre 1 900 euros pour ceux ayant terminé leurs études depuis onze ans ou plus. Pour un jeune qui débute dans la vie active, le calcul ne se limite donc pas au salaire affiché sur une offre d’emploi. Il faut aussi prendre en compte le logement, les transports, les horaires ou encore la possibilité de conserver une vie sociale.
Le BTP souffre aussi d’une image vieillissante
Même constat dans le bâtiment. Le secteur continue d’avoir besoin de main-d’œuvre, notamment dans les métiers qualifiés. En 2025, plus de huit recrutements sur dix de couvreurs étaient considérés comme difficiles par les employeurs. Pourtant, certains de ces métiers peuvent offrir des possibilités d’emploi rapides et d’évolution. « En seulement cinq ans, je suis passé d’apprenti à chef d’équipe. Le travail d’équipe, la création et le fait que chaque jour soit différent rend ce métier vraiment passionnant », explique Dylan, jeune charpentier. Selon son patron, Jérôme, le problème serait aussi une question d’image, « beaucoup de jeunes connaissent mal les métiers du BTP. » L’enjeu est important : déconstruire l’image d’un secteur uniquement associé à la pénibilité, tout en reconnaissant que les conditions de travail peuvent effectivement être difficiles.
La Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) révèle que les moins de 30 ans sont davantage exposés aux contraintes physiques, au manque d’autonomie et à l’insécurité professionnelle que les salariés de 30 à 49 ans. Autrement dit, les jeunes ne découvrent pas ces contraintes avec le même regard que les générations précédentes.
Aide à domicile : le paradoxe d’un métier indispensable
Le phénomène est encore plus visible dans l’aide à domicile. Le secteur doit répondre au vieillissement de la population, mais peine à recruter. En 2026, France Travail indique que 62,3 % des offres d’emplois pour les aides à domicile et auxiliaires de vie sont jugées difficiles.
« Nous sommes toujours sur les routes, très tôt le matin et très tard le soir. La difficulté est de s’adapter à chaque patient. Leur état de santé, leur soin, leur caractère. On va chez certaines personnes à reculons car nous sommes souvent en première ligne face à leur problème », explique Mélia, 23 ans, pour qui son métier est avant tout une passion. Ici, la question dépasse celle du simple salaire. Le métier demande une implication physique et humaine importante. Et pourtant, certains jeunes choisissent cette voie. « Aider les autres. Être souvent la seule personne qui passe les voir dans la journée. On a un lien très particulier avec eux. Déjà on va chez eux et on les aide dans leur vie. On se sent utile », détaille la jeune aide à domicile. C’est justement ce type de parcours qui permet de nuancer le constat. Dire que « les jeunes ne veulent plus faire ces métiers » serait trop simple.
Le travail, oui. Mais autrement
C’est peut-être une évolution des critères de choix qu’un désintérêt pour le travail. Pour certains, un emploi stable ne suffit plus. Les horaires, la possibilité de garder ses soirées ou ses week-ends, l’ambiance de travail, les perspectives d’évolution et le sens donné au métier entrent également dans la balance.
Les chiffres de l’Insee montrent d’ailleurs que les jeunes occupent une place particulière dans le marché du travail. Parmi les jeunes de 15-24 ans, en emploi, seuls 39,8 % occupaient un CDI ou étaient fonctionnaires, contre 76,2 % des 25 ans ou plus. Par ailleurs, 30,5 % des jeunes en emploi étaient en alternance ou en stage.
Une partie de la jeunesse entre donc encore progressivement dans le monde professionnel. Elle teste, change de voie, se forme et compare les possibilités.



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