Fainéants, allergiques à la hiérarchie, incapables de tenir un CDD sans craquer : la Gen Z traîne une sacrée réputation dans le monde du travail. Mais entre ce qu’on raconte sur les jeunes actifs et ce que montrent vraiment les chiffres, c’est parfois un grand écart. On a passé cinq idées reçues au crible du vrai ou faux.
Par Morgane Hiltbrunner
Publié il y a 2 mois
1. Être diplômé n’est plus un véritable tremplin
Vrai, et chiffré. En deux générations, le temps consacré aux études a explosé : le taux de scolarisation à 21 ans est passé de 20,7 % en 1986 à 49,6 % en 2021, selon l’Insee. Sauf que le marché de l’emploi n’a pas suivi le même rythme : en 2024, 18 % des 15-34 ans en emploi déclarent avoir un niveau de diplôme supérieur à celui requis pour leur poste, selon une exploitation Insee de l’enquête Emploi en continu 2024. À prendre avec une nuance importante : c’est un ressenti déclaré par les jeunes eux-mêmes, pas une mesure objective de la qualification réellement nécessaire au poste.


Même les diplômés des grandes écoles, longtemps épargnés, sentent le vent tourner : leur taux net d’emploi a reculé à 76 % en 2026, en repli de 4,2 points sur un an, et le délai moyen pour décrocher un poste s’allonge à nouveau après un rebond post-Covid de courte durée. Le diplôme protège toujours mieux que l’absence de diplôme, mais il ne garantit plus une arrivée sereine sur le marché du travail.
2. Les jeunes sont moins investis que leurs aînés
Faux, c’est même souvent l’inverse. Une vaste étude Terra Nova/Apec menée sur 5 000 actifs (dont 3 000 jeunes) montre que les moins de 30 ans se disent plus souvent passionnés par leur travail que leurs aînés, et sont largement prêts à sortir du cadre strict de leur fiche de poste, plus que les autres tranches d’âge. Leur attachement à leur entreprise est aussi fort que celui des 30-44 ans, et supérieur à celui des 45-65 ans. Même son de cloche du côté de l’Institut Montaigne : 80 % des jeunes actifs disent qu’ils continueraient à travailler même s’ils n’en avaient plus besoin financièrement. Le mythe du jeune désengagé ne résiste pas longtemps aux données.

Leur motivation reste toutefois liée à une condition : quand le travail ne fait pas écho à leurs convictions, ou qu’ils ne se sentent pas utiles, l’investissement retombe. Une nuance s’impose cependant, là encore contraire à une idée reçue : cette quête de sens n’est pas propre aux jeunes générations. Toujours selon Terra Nova/Apec, « effectuer un travail utile, qui a du sens » n’arrive qu’en 6ᵉ position dans ce qui compte le plus pour les moins de 30 ans, contre la 4ᵉ chez les 30-65 ans. Le besoin de sens existe bel et bien, mais il traverse toutes les générations, porté surtout par les catégories les plus diplômées.
3. Les contrats précaires sont plus répandus
Vrai, et c’est justement là que le bât blesse. Chez les moins de 25 ans, le taux de précarité de l’emploi (CDD, intérim, apprentissage) est passé de 18,7 % en 1982 à près de 57 % aujourd’hui, selon l’Observatoire des inégalités. Et ce n’est pas un choix de confort : selon le baromètre DJEPVA sur la jeunesse 2023 (INJEP-CREDOC), 6 jeunes sur 10 affirment qu’ils choisiraient un CDI plutôt qu’un CDD même si le poste en CDI semble un peu moins intéressant, contre 76 % chez les 31 ans et plus.


Le vrai problème, c’est le cercle vicieux qui se cache derrière ces chiffres. Le manque d’expérience professionnelle reste le frein n°1 cité par les jeunes en recherche d’emploi, et paradoxalement, plus de six entreprises sur dix disent aujourd’hui peiner à recruter, faute de trouver les compétences recherchées. Autrement dit : pas d’embauche sans expérience, pas d’expérience sans embauche. Et personne, ni les jeunes ni les employeurs, n’y gagne vraiment.
4. Les jeunes ne supportent plus la hiérarchie
Faux, ou en tout cas très nuancé. Seuls 3 % des jeunes actifs se déclarent réfractaires par principe à l’autorité, selon Terra Nova/Apec. L’Institut Montaigne confirme : 90 % des jeunes acceptent les décisions de leur hiérarchie, sans réserve ou dès lors qu’ils les comprennent. Seuls 10 % rejettent totalement l’autorité hiérarchique.

Ce qui a changé, ce n’est donc pas le rapport à l’autorité en soi, mais son mode de fonctionnement : les jeunes veulent comprendre une décision avant de l’exécuter, plutôt que de l’accepter par défaut. Un management qui explique plutôt qu’il n’impose a toutes les chances de bien s’en sortir avec cette génération.
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5. Les jeunes ne restent jamais longtemps au même poste
Vrai en apparence, mais c’est un vieux mythe qui se recycle. Sur le papier, les chiffres donnent raison aux sceptiques : une étude mondiale Randstad publiée en 2025 évalue l’ancienneté moyenne de la Gen Z, sur les cinq premières années de carrière, à seulement 1,1 an, contre 2,8 ans pour la génération X, avec 52 % qui recherchent activement un nouveau poste.


En France, la Dares confirme la fragilité des débuts : 36,1 % des CDI sont rompus avant leur premier anniversaire, la démission étant le premier motif de rupture. Sauf qu’une étude du National Institute on Retirement Security (NIRS) vient sérieusement relativiser le tableau : l’ancienneté médiane des 25-34 ans en 2024 (2,7 ans) est quasiment identique à celle des baby-boomers au même âge… en 1983. Autrement dit, changer de poste tous les deux à trois ans en début de carrière n’a rien d’une nouveauté générationnelle, c’est la conjoncture économique, pas l’attitude des jeunes, qui explique l’essentiel du turnover.
Alors, ont-ils vraiment démissionné avant même de commencer ? Les chiffres racontent une tout autre histoire. Diplôme dévalorisé, précarité qui s’installe, exigences contradictoires des recruteurs : le portrait qui se dessine n’est pas celui d’une jeunesse fainéante, mais celui d’un système qui peine à transformer l’essai. La vraie question n’est peut-être pas de savoir si les jeunes veulent travailler, mais si on les a vraiment laissé commencer ?
Sources : étude Terra Nova/Apec « Un portrait positif des jeunesses au travail : au-delà des mythes » (2024) ; Institut Montaigne, « Les jeunes et le travail : aspirations et désillusions des 16-30 ans » (2025) ; Insee, enquête Emploi en continu 2024 (exploitation Maurel Oujia, 2025) ; Observatoire des inégalités ; Culture RH ; Blog Headway Advisory ; baromètre DJEPVA sur la jeunesse 2023 (INJEP-CREDOC) ; Dares ; étude Randstad 2025 ; National Institute on Retirement Security (NIRS), 2024.


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